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Le bon féminisme vs ces monstres sexistes qui osent vouloir disposer de leur corps.

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Il y a quelques mois je faisais un petit article sur la prostitution et le droit, expliquant que la loi finalement n’est pas un frein à l’existence d’une prostitution légale. Tout n’est qu’une question de « bonne morale ». Je crois que je faisais déjà dans l’article référence à ces gens fascinants que sont les abolitionnistes: Des gens qui prétendent que le féminisme, le vrai, celui qui se soucis des droit des femmes c’est celui qui les libére tout en leur interdisant formellement, légalement de se prostituer. Disposer de son corps oui mais pas trop.

Je ne nie pas les situations difficiles des femmes sous la coupe de macs, et ou victimes de la traite des femmes, obligées de se prostituer…mais force de reconnaître que certaines femmes ont choisi cette situation et souhaitent y rester. Leurs motivations ne regardent qu’elles, et non ce ne sont pas des femmes violées dans leur enfance par leur papa, oncle ou voisin. Non. Ce sont des femmes comme les autres qui ont le droit aux protections et à la sécurité dans leur travail comme toutes les autres femmes. Est ce qu’on demande à un éboueur, à un comptable ou pire: à un contrôleur de la RATP ses motivations? Bref, ces abolitionnistes sont des gens que je porte dans mon coeur autant que les intransigeants (des gentils cathos intégristes, je vous les présenterais un de ces quatres).

Il y a quelques semaines la porte parole du strass, Morgane Merteuil, faisait paraître un article sur la prostitution et l’homophobie. Elle a eu le droit à la réponse d’une de ces abolitionnistes Christine Daoré. Face aux propos discutables de son article, j’ai voulu poster un commentaire sur le blog. Rigolez, pas de validation de mon commentaire, mais quelques heures plus tard j’ai reçu une petite réponse, genre « vous t’es une vilaine pas féministe ». M’étant présentée comme sexworker j’ai beaucoup apprécié de voir comme elle laisse la parole et écoute les pauvres femmes sans défense qu’elle prétend défendre. Je vous laisse apprécier:

 

Mon commentaire non validé: « il est toujours marrant de voir qu’on veut nous proteger nous pauves creatures inconscientes qui souffent obligatoirement. les abolitionistes pour moi sont à mettre au même niveau que les gens de la manif pour tous: ils essaient de nous priver d’un droit, ici celui de travailler. occupez vous de vos luttes syndicales et laissez nous défendre nos droits nous meme. » Christine Le Daoré : « vous n’avez manifestement pas compris qu’il s’agit d’un projet de société, de la société dont laquelle nous voulons vivre ! personne n’a dit que la poignée d’escort-e-s qui prétend choisir souffre ! à vrai dire, c’est un peu le dernier de nos soucis… nous nous intéressons à l’écrasante majorité de prostituées forcées d’une manière ou d’une autre et dont vous vous moquez éperdument, et, à l’égalité femmes-hommes, pas question d’avoir un quotat de femmes à la disposition des caprices de ces messieurs ! Egalité – Abolition du patriarcat ! avec vous , c’est exploitation et asservissement à tous les niveaux, non merci ! féministe, anti-raciste et anti-exploitation/esclavagisme des femmes c’est un combat global ! »

Moi: « je conclu donc que mon commentaire ne sera pas validé. vous ne nous laissez pas vraiment la parole a nous les femmes qui vivent l’insecurité qui semble tant vous préoccuper. Qui vous dis que je ne me préoccupe pas des victimes de la prostitution forcée. Que savez vous des combats que je défend. La prostitution n’est pas qu’un métier de femmes, vous faites du sexisme. Le féminisme c’est de se battre pour disposer librement de son corps, aussi, et choisir d ‘en faire un outil de travail. L’asservissement c’est de dire que pour notre protection on nous enlève un droit. Vous parlez d’une realité dont vous ignorez tout, vous criminalisez des femmes, rendez encore plus taboue notre situation. cela dit, ça tient avec votre position : nous sommes le dernier de vos soucis. votre solidarité comme votre féminisme a des limites… »

 

L’absence de réponse à ce dernier message me confirme que ce n’est pas un combat féministe que poursuivent ces gens mais bien l’application d’une « bonne morale bien pensante », tellement bien pensante qu’ils veulent penser à la place de toutes les femmes, leur expliquer ce qu’est leur vie, ce qu’elles doivent faire pour être des femmes biens, de vraies femmes acceptables.

La prostitution en règles de droits

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Rappel du droit aujourd’hui :L’article 1128 du code civil français dispose que seuls peuvent être l’objet de contrats les choses qui sont dans le commerce. De cette façon, on englobe des éléments plus importants que si simplement la licéité était demandée. L’indisponibilité du corps rend alors impossible sa vente, entière ou partie, ainsi que sa location.

Je traduis.
Je vous avais déjà expliqué que tout est un contrat. Le moindre de vos achats est un contrat. Seules les choses dans le commerce peuvent faire l’objet d’un contrat, cela veut dire que non seulement l’objet du contrat doit être légal, mais en plus sa commercialisation doit l’être également. Je vous illustre ça : faire un don de sang est légal, vendre ses affaires ou sa force de travail est légal, mais vendre son sang est illégal.Je n’irai pas plus dans la technique, mais mon but est de rester dans le domaine « corporel ». Autant que le sang, on ne peut pas vendre ses organes. C’est ce qu’on appelle l’indisponibilité du corps humain. Il se pose un débat depuis quelques années, un débat que certains voisins européens ont réglé depuis un moment. Ainsi, si en Suède la prostitution est illégale et les clients pénalisés, l’Allemagne et la Belgique l’ont dépénalisé, comme la Hollande en autorisant la création de maisons closes.Le « problème » en France est le suivant : quelque soit la façon de voir légalement le « contrat de prostitution », l’objet sera le corps humain. Toujours indisponible. Cependant, il y a un non-sens juridique quelque part : au final, s’il y a un échange, le client ne dispose pas complètement du corps de la personne qui se prostitue, il ne peut pas en faire ce qu’il veut mais bien ce qui est convenu entre eux. Il ne reste donc comme réelle interdiction dans ce domaine que celle de ne pas pratiquer le proxénétisme, ce qui pourrait être une bonne chose si cela empêchait seulement les proxénètes de profiter du travail des autres. Cependant cette interdiction s’applique à toute personne majeure profitant de l’argent de la prostitution: un mari, un(e) petit(e) ami(e), un « enfant » étudiant à l’université grâce à cela, etc. De nombreux juristes vous diront alors que la véritable question de la prostitution est morale. On souhaite interdire car l’idée de vendre du plaisir ne correspond pas à la morale en place.
Et depuis quelques années une mouvance est née : celle des abolitionnistes. Des associations, rarement constituées d’anciennes prostituées mais plutôt de moralisateurs, de « féministes » disant que si une femme peut disposer de son corps elle ne peut avoir le choix de le vendre. Pourtant, on retrouve beaucoup d’associations aujourd’hui, comme « Les putes » ou le STRASS (Syndicat du TRavail Sexuel) qui souhaitent une mise en place légale de leur travail.

Pourquoi cela ? Pour éviter ce que présentent les abolitionnistes comme super argument : les femmes qui n’ont pas fait le choix d’être là, celles qui sont surveillées par des macs violents et dangereux doivent avoir une protection, doivent pouvoir sortir du système sans risquer le passage à tabac, le viol, les menaces….

Vous l’aurez compris, mon parti est pris, celui de la liberté de chacun ET chacune de disposer de son corps. D’avoir la possibilité de faire ou de ne pas faire. Et pour cela, le texte qui vient d’être proposé à l’assemblée par ces associations et une mission de deux députés visant à affirmer la position abolitionniste de l’état français par exemple, ne peut être en accord avec cela.

Si la prostitution n’est pas toujours un choix, elle ne doit pas être criminalisée, renforçant les mauvaises conditions de travail de ceux et celles qui sont déjà bien dans la merde. Les réseaux abolitionnistes n’ont surement plus aucuns liens avec la réalité de la prostitution en France mais ils nous rappellent à tous que finalement, la possibilité de disposer totalement de son corps en France (surtout pour une femme) n’est envisageable que dans la mesure ou l’on respecte des « valeurs morales » particulières.